Amicale valaisanne de véhicules anciens

Découverte en France d’un trésor automobile oublié

Pierre Novikov et Matthieu Lamoure responsables de la branche Motorcars  de la société de vente aux enchères parisienne Artcurial ont eu un sacré coup de chance, mais c’est aussi grâce à une longue pratique du milieu, au bouche à oreille, et à un sens développé de la communication. « La richesse de notre métier c’est de pouvoir tisser des liens et d’être à l’écoute l’orsque l’on nous parle de quelque chose. Depuis la collection Schlumpf le monde de l’automobile de collection n’a pas connu un tel événement. »


                                    

L’histoire commence dans l’Ouest de la France, à Niort, dans le département des Deux Sèvres  en région Poitou-Charente chère à Segolène Royale,  à deux pas du célèbre Marais poitevin.

Roger Baillon débute dans le transport en 1944, avec un gazogène. Pour lui, c’est un moyen fondamental pour repartir d’un bon pied au crépuscule de la tragédie que fût le deuxième conflit mondial. Il rachète et remets sur la route des camions et des véhicules improbables qui vont permettre à l’économie renaissante de transporter des marchandises d’un bout à l’autre du pays. Autodidacte inventif, il se fait remarquer au salon de l’Automobile de Paris, en exposant l »Oiseau bleu » une voiture de prestige, créée de ses propres mains. Il aurait même présenté, trois ans plus tard, la Micheline, première cabine avancée de l’industrie du transport.

Baillon Transports prend son envol en 1960, lorsqu’une ancienne distillerie datant du 19è siècle et qui  produisait de l’alcool industriel  tiré de la betterave de Melle devient un pôle chimique important. En effet, avec la première guerre mondiale l’usine avait déjà évolué vers la chimie et biochimie industrielle, elle fabriquera des solvants utilisés dans les munitions dont la production devenait intensive. Roger Baillon et ses camions parcourent la France et l’Europe. Elle devient ainsi l’entreprise de transport la plus prospère de Pouitou-Charente. Les transports Baillon, c’était plus « Le salaire de la Peur » ou « Cent mille dollars au soleil » que « les Routiers sont sympa ». Il est à l’affût des bonnes affaires, au gré de ses déplacements, chinant les casses de voitures accumulant des trésors. Il rachète à la famille d’Alexandre Lambin, industriel et inventeur parisien connu et qui participa, entre autre, à la construction du circuit de Monthléry,  une dizaines de voitures Delahaye. Il affectionnait particulièrement les grands constructeurs français dont il voulait sauver les créations de la destruction. Comme les frères Schumpf, en Alsace, il veut créer à Niort où dans les environ, un musée de l’Automobile. En juin et juillet 1960, le « courrier de l’Ouest » consacra deux pleines pages au ce sujet

Des revers de fortune divers ne vont pas tarder à mettre l’entreprise en difficultés. D’une part, son plus gros client la distillerie des Deux Sèvres à Melle, reprise par Rhône-Poulenc

l’ « encourage » à moderniser sa flotte de camion. Il s’ensuivra de lourds investissements, une dizaine de poids lourds neuf et d’occasion. Comme si cela ne suffisait pas, Rhône-Poulenc,  elle aussi en pleine restructuration casse le monopole des transports Baillon. C’est le coup de grâce. Pour tenter d’éviter la faillite, le transporteur consent à vendre aux enchères un partie de sa collection. Ce sera fait sous le marteau de Me Dézamy, commissaire-priseur à Niort, les 23 et 24 juin 1979 à La Crèche. La vente rapportera 1'285'300 FF ce qui correspondrait à 196'000 €. Six ans plus tard, le 20 octobre 1985, ce sera au parc des expositions de Noron à Niort, que Maître Dézamy vendra 32 voitures pour 2'557'600 FF soit 389'903 € actuels.

Ces sommes ne suffiront pas à effacer les nombreuses dettes de Roger Baillon qui mettra la clé sous la porte, laissant dans la peine de nombreux  créanciers  et employés grugés.

Roger Baillon s’éteindra à Château-Gaillard en 2000 et son fils Jacques , traumatisé par l’embarrassante situation familiale, deviendra l’infortuné conservateur  des belles endormies. Un sommeil tout relatif : la collection Baillon était devenue, et depuis longtemps déjà, un secret de polichinelle. Des « inconnus » avaient même tenté de voler des images, par dessus le mur de la propriété. « On » savait mais on ne pipait mot. Le trésor était bien gardé. Mais la seule vue de l’état de décrépitude des autos, sous leurs abris de fortune, devait dissuader les amateurs les plus aventureux. Mangées, voire dévorées par la rouille, les moisissures, la végétation et la mousse ont eu raison de la centaine de voitures laissées à l’air du temps. Ce qu’il restait de la « collection Baillon » avait vraiment mauvaise mine. Récemment, le décès de l’héritier Jacques  devait précipiter les évènements. Les héritiers, mais on peut les comprendre, prirent donc langue avec la seule société française susceptible de s’occuper de leur cas : Artcurial Motorcars

Pour Matthieu Lamoure et Pierre Novikoff l’affaire était probablement déjà dans le sac. Mais si l’on reprend l’interview  « officiel » publié lors du communiqué de la maison de vente parisienne, on ne peut qu’imaginer la surprise et la stupeur qui fût la leur, lors de leur premier rendez-vous à Echiré, en passant le portail de fer forgé noir, l’allée incurvée cers la droite, se dirigeant vers le « château » et là au fond du jardin vers la piscine sous des hangars de fortune couverts  tôles rouillées, le choc… Il y a du pire, mais aussi du meilleur.

Laissons parler Pierre Novikoff : « Arriver dans un petit village de l’Ouest de la France, et découvrir ce trésor, c’est quelque chose d’unique ! »

Cependant, c’est à l’abri dans un garage, sous des piles d’anciennes revues « AutoRetro » que surgiront de l’oubli deux joyaux que l’on croyait perdus à jamais :

Le cabriolet Ferrari  250 California ayant appartenu à Alain Delon, et l’une des trois Maserati A6G Gran sport carrossée par Frua . la cerise…

Mathieu Lamoure s’exprime : « C’est un sentiment indescriptible. Lorsque nous franchissons le portail de cette propriété, on ne sait pas ce que l’on va trouver. Il faut que l’on fasse le tour. Il fallut qu l’on fasse le tour pour aller dans le parc, à l’arrière de la propriété pour commencer à avoir un premier aperçu. Su 3 hectares, on aperçoit différentes structures de bric et de broc. Là , on se rend compte que l’on est face à quelque chose d’important. On sait pas encore de quoi il s’agit, mais on devine des carrosseries, usées par les intempéries. »

Pierre Novikoff : « Incroyable ! il ne s’agissait pas de véritables hangars ordonnés où les voitures étaient entreposées, mais de construction de fortune. On avance au milieu des installations et on réalise que ce sont des dizaines de voitures qui sont parquées dessous. On comprend vite que certaines ont été juste déposées là, il y a 50 ans, puis laissées intactes. Les piliers en bois qui soutiennent les fragiles toitures de tôle. Les côtés sont laissés ouverts sans précautions. On ne réalise pas encore de quoi il s’agit, le nombre de voitures, la marque, leur état… »

ML : « Mais avant d’inventorier, d’étudier, de retracer l’histoire, il faut finir de mettre à jour l’ensemble. C’est un travail d’archéologue qui nous attend. On poursuit notre exploration dans un second  site, au fond d’un champ, puis dans une dépendance de la demeure, une ancienne grange reconvertie en garage improvisée. »

PN : « Et là, les chocs s’enchaînent esthétiques en emotionnels à la découverte de modèles incroyables et de marques légendaires. On oscille entre le cimetière de féraille et le musée. Le lierre envahit une voiture, tandis que les mauvaises herbes de développent à l’intérieur, comme dans une serre. »

Les forums spécialisés du net se sont rapidement  répandu sur ce qui apparaît comme une cabale  orchestrée par Artcurial Motorcars pour faire mousser l’affaire avant le vente aux enchères prévue dans le cadre de «  Rétromobile »

On s’éloigne de plus en plus de ce genre de découverte, en Europe tout au moins. Mais ce n’est même pas sûr. Laissons encore planer un doute, pour que les amateurs de « sorties de grange » puissent encore  rêver et fantasmer. Pour les plus pragmatiques, rendez-vous le 6 février 2015 à Retromobile Paris pour la vente aux enchères d’Artcurial Motorcars. Mais un conseil, arrivez tôt, car les bonnes places seront chères !


François Mamin , décembre 2014

Sources :     Wikipedia


                   https://deuxsevresautomemoire.wordpress.com/2016/10/02/la-collection-baillon/

                   http://lautomobileancienne.com/collection-roger-baillon/

                    http://www.artcurial.com/fr/departements/artcurial-motorcars/  ou vous trouverez d’autres images.

                    revue «Charge utile»


Une photo aerienne du site de Château-Gaillard à Echiré est diponible sur le site


                 http://www.survoldefrance.fr/affichage2.php?img=41873&departement=Deux-S%E8vres+(79)&f=320&prev_suiv_link=1

Ferrari